Les infrastructures vertes, alliées des municipalités

11 mars 2024
gestion1-cours-deau-blogue

Par Béatrice Pineau
Ingénieure en hydraulique | Direction de l’ingénierie, des infrastructures et de l’adaptation aux changements climatiques
Fédération québécoise des municipalités

_____

Au cours des dernières décennies, le territoire du Québec a connu une évolution significative. L’urbanisation a entraîné la transformation des forêts, des milieux humides et d’autres écosystèmes naturels en milieux fortement anthropiques, c’est-à-dire transformés par la présence humaine. Les routes, les bâtiments et la canalisation des cours d’eau ont contribué, au fil du temps, à rendre les zones urbaines de plus en plus imperméables.

En ajoutant à ce phénomène des précipitations de plus en plus intenses, attribuables aux changements climatiques, de nombreuses problématiques ont émergé. Ces dernières années, des inondations, des refoulements d’égout, des glissements de terrain et des routes emportées par les crues ont marqué nos esprits. Étant donné la fréquence croissante de ces phénomènes climatiques, il est impératif d’accroître notre résilience face à de telles situations. Une solution prometteuse réside dans le développement des infrastructures vertes.

Il est évidemment inconcevable de démolir entièrement les villes et il est difficile de réduire l’intensité des précipitations. Cependant, ce sur quoi il est possible d’agir, c’est la manière dont les eaux de ruissellement sont dirigées vers les réseaux d’égout et les milieux récepteurs. Traditionnellement, le drainage vise uniquement à évacuer toutes les eaux rapidement. Les trames urbaines, composées principalement de surfaces imperméables, de puisards et de canalisations souterraines, acheminent ainsi d’importants volumes et débits vers des réseaux d’égout déjà surchargés.

Les infrastructures vertes dans une rue près de chez vous

En intégrant des infrastructures vertes dans les réseaux de drainage, les conditions avant développement sont simulées pour recréer le cycle naturel de l’eau. Ces ouvrages consistent en des espaces naturels, semi-naturels ou des aménagements végétalisés offrant des services, autres que le drainage.

Diverses infrastructures vertes existent. Certaines visent principalement le traitement des eaux, à transporter et à tamponner les débits de pointe, comme les fossés engazonnés, les noues drainantes ou les biorétentions. Ces aménagements s’intègrent de manière linéaire à des projets de réfection ou de construction de rues ou de stationnements.

Biorétention

L’implantation d’infrastructures vertes dans la trame urbaine permet de transformer des surfaces imperméables en surfaces perméables, vers lesquelles les eaux de pluie et de ruissellement sont dirigées. Leurs fonctions consistent à filtrer, retenir et infiltrer les eaux pluviales, tout en réduisant la vulnérabilité des villes aux changements climatiques et en améliorant la qualité de vie des citoyens1.

L’eau qui ruisselle sur le stationnement lorsqu’il pleut est dirigée vers l’ouverture dans la bordure, puis percole lentement à travers les différentes couches formant la biorétention. Un drain enfoui capte et évacue ensuite les eaux vers le milieu récepteur. Ce type d’infrastructures peut réduire jusqu’à 90 % les débits de pointe et retarder l’arrivée de ce pic au réseau, en plus de filtrer les eaux.

Bassins de rétention

D’autres infrastructures vertes ont pour fonction principale d’emmagasiner les eaux sur un site et de libérer un débit contrôlé vers le réseau récepteur; c’est le cas des bassins de rétention. Qu’ils soient engazonnés, avec des plantations ou à niveau d’eau permanent, ces aménagements sont fréquemment utilisés dans les projets de développements résidentiels ou lors de la construction ou de la réfection de lots de grandes superficies. Ils permettent notamment la décantation des contaminants solides, assurant que l’eau de l’effluent soit de meilleure qualité.

Ces infrastructures vertes offrent de multiples avantages, bien au-delà du simple drainage. En les intégrant, les secteurs aménagés deviennent plus résilients face aux changements climatiques. Les surfaces perméables permettent à l’eau de s’infiltrer dans le sol et de ruisseler plus lentement, tandis que la végétation favorise l’évapotranspiration (processus par lequel l’eau est renvoyée dans l’atmosphère sous forme gazeuse) et filtre les eaux de ruissellement chargées en contaminants.

En cas de forte pluie, un site muni d’infrastructures vertes libérera seulement une infime partie du débit maximal qu’il relâcherait s’il était conçu de manière traditionnelle, mais sur une durée plus étendue. Pour faire une analogie avec la congestion routière, c’est comme si le nombre de voitures à l’heure de pointe était réduit et étalé sur toute la journée. Ces infrastructures génèrent également plusieurs avantages écosystémiques, notamment le soutien à la biodiversité, la séquestration du carbone et la réduction des îlots de chaleur.

La perception des coûts peut parfois avoir un effet rébarbatif pour les administrations municipales souhaitant mettre en place des infrastructures vertes. Toutefois, dans de nombreux cas, des économies sont possibles. De plus, il est important de prendre en considération les coûts occasionnés par les surcharges sur les réseaux, qui seraient évités si de telles infrastructures étaient mises en place.

Face à la fréquence croissante des événements climatiques extrêmes, les municipalités n’ont d’autre choix que de s’adapter pour accroître leur résilience; il est impératif de changer les façons de faire. Les infrastructures vertes offrent une solution en reproduisant les conditions naturelles du cycle de l’eau en milieu urbain.

En 2022, déjà 500 infrastructures vertes avaient été recensées dans la province2. Chaque année, des centaines d’opportunités d’intégration se présentent sur le territoire des municipalités du Québec. Il est maintenant temps de passer à l’action et d’innover pour s’adapter aux changements climatiques, une infrastructure verte à la fois.

Si vous souhaitez obtenir de l’aide pour intégrer les infrastructures vertes à votre règlementation ou à vos projets d’ingénierie, l’équipe de l’ingénierie, des infrastructures et de l’adaptation aux changements climatiques de la Fédération québécoise des municipalités est là pour vous accompagner.


[1] laboclimatmtl.inrs.ca/wp-content/uploads/2022/01/Infrastructures-vertes.pdf
[2] quebecvert.com/medias/InventaireIV_final_Quebec-Vert_web.pdf