Mieux comprendre ses infrastructures, planifier les investissements et accéder à des leviers financiers supplémentaires : le besoin d’un Plan de gestion des actifs en eau (PGA-Eau) s’impose progressivement dans les municipalités québécoises. Mis en place par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) en collaboration avec le Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU), il permet d’adopter une vision à long terme et de structurer la prise de décision dans un contexte où les réseaux sont de plus en plus sollicités.
Une réalité de terrain bien connue
Dans plusieurs municipalités, la gestion des infrastructures en eau repose encore sur une connaissance partielle des réseaux et infrastructures ponctuelles. L’information existe, mais elle est souvent dispersée, parfois difficile à retracer, et dépend en partie des personnes en place. Des plans encore en format papier, des données non centralisées, des lacunes dans l’historique des interventions : cette réalité complique la prise de décision. Sans portrait global, il devient plus difficile d’identifier les priorités, de planifier les interventions et d’anticiper les besoins.
À ces défis s’ajoutent des pressions croissantes : infrastructures vieillissantes, changements climatiques qui multiplient les épisodes de pluies intenses, exigences réglementaires de plus en plus strictes en matière de qualité de l’eau et de gestion des rejets. Dans ce contexte, les municipalités doivent adopter une approche plus structurée et proactive. C’est précisément ce que vient soutenir la démarche PGA-Eau.
Une démarche en deux étapes, avec des incitatifs financiers concrets
La mise en place d’un PGA-Eau repose sur une progression claire. La première étape consiste à formaliser l’engagement de la municipalité en transmettant au MAMH, via le portail gouvernemental des affaires municipales et régionales (PGAMR), trois documents : la démarche de gestion des actifs municipaux en eau, une résolution du conseil municipal et le formulaire de transfert. Cette étape, accessible depuis le 1er janvier 2024, ouvre la porte à des bonifications financières dans les programmes PRIMEAU 2023-2033 et TECQ 2024-2028. Les municipalités ont jusqu’au 31 décembre 2026 pour s’engager dans la démarche. À ce jour, 143 municipalités accompagnées par la FQM ont complété l’étape 1 d’engagement dans la démarche de gestion des actifs en eau, un jalon important dans le cadre des exigences et des bonifications prévues aux programmes PRIMEAU et TECQ.
La deuxième étape, plus structurante, consiste à élaborer le plan complet. Depuis le 1er janvier 2026, les municipalités peuvent soumettre ce plan au MAMH. Il comprend un chiffrier Excel présentant l’ensemble des analyses ainsi qu’un plan type qui sert à expliciter les analyses réalisées, à en préciser la méthodologie et à en présenter les résultats tels que compilés dans le chiffrier. La démarche du PGA‑Eau se décline en plusieurs étapes structurées : portrait des actifs, évaluation de leur état, analyse des risques, définition des niveaux de service, gestion sur le cycle de vie et recommandations.
Ce que contient un PGA-Eau
Un PGA-Eau complet dresse d’abord un inventaire des actifs en eau (réseaux linéaires et ouvrages ponctuels) avec leur état, leur valeur de remplacement et, le cas échéant, les informations sur les propriétés partagées. Pour les réseaux linéaires, les municipalités peuvent s’appuyer sur leur plan d’intervention existant. Pour les ouvrages ponctuels, l’outil d’évaluation des besoins en investissement (outil BI) de la Stratégie québécoise d’économie de l’eau potable constitue la référence préconisée par le MAMH. L’outil gratuit Inframunicipal, développé par le CERIU, peut également soutenir cette démarche.
Le plan inclut ensuite une définition des niveaux de service actuels et souhaités (indicateurs techniques, citoyens et exigences réglementaires), ainsi qu’une analyse des risques couvrant les actifs critiques, la dotation en personnel, le sous-financement, le manque d’informations et les impacts climatiques. Une évaluation de la demande future vient compléter le tout, en tenant compte des projections démographiques et territoriales, du cadre légal réglementaire, et des changements économiques et technologiques. L’ensemble débouche sur un résumé financier sur 10 ans, qui regroupe les coûts prévus, les sources de financement et les écarts budgétaires, soit une base concrète pour soutenir les décisions d’investissement.
Un accompagnement adapté à chaque réalité
Sur le terrain, les réalités varient fortement d’une municipalité à l’autre. Certaines disposent déjà d’outils de gestion des actifs; la majorité part de plus loin. Le principal défi réside souvent dans la collecte et la structuration de l’information : identifier les actifs, localiser les données disponibles et reconstituer une base à partir de sources variées. Malgré cette complexité, la démarche est jugée essentielle, non seulement pour répondre aux exigences du MAMH, mais pour améliorer concrètement la planification à court, moyen et long terme.
La FQM accompagne les municipalités à chaque étape, avec une approche progressive adaptée à leur capacité. Certaines optent pour un service clé en main; d’autres préfèrent avancer de manière plus autonome, avec un soutien ponctuel ou une banque d’heures. Avec 206 municipalités déjà accompagnées dans des projets de gestion et d’infrastructures en eau, la FQM dispose d’une connaissance fine des réalités municipales québécoises. Ces municipalités se trouvent à différents stades d’avancement, notamment en fonction du moment où les travaux ont été amorcés et du contexte organisationnel propre à chacune.
Un levier pour mieux décider et ne pas attendre
Au-delà des aspects techniques et financiers, le PGA-Eau agit comme un véritable outil d’aide à la décision. En structurant l’information et en offrant une vision d’ensemble, il permet aux municipalités de mieux prioriser leurs interventions, de justifier leurs choix devant les élu(e)s et les citoyen(ne)s, et de planifier leurs investissements de manière cohérente. La démarche n’est pas figée : elle est conçue pour évoluer avec des révisions aux quatre ans, se préciser et s’intégrer aux pratiques municipales au fil du temps.
Dans le contexte où les infrastructures sont soumises à des pressions croissantes, cette capacité à mieux comprendre et à mieux planifier devient essentielle. Le PGA-Eau s’impose comme un levier concret pour passer d’une gestion réactive à une approche plus stratégique et durable, et les municipalités qui s’y engagent maintenant se positionnent avantageusement, tant sur le plan financier que sur celui de la résilience à long terme.
Communiquez avec nous à ingenierie@fqm.ca pour en savoir plus sur notre accompagnement.
« Je tiens à souligner notre très grande satisfaction à l’égard de l’accompagnement offert par la FQM dans le cadre de l’élaboration de notre PGA-Eau. Tout au long du mandat, l’équipe a fait preuve d’un professionnalisme exemplaire, d’une grande disponibilité et d’une compréhension fine des réalités municipales. Je recommande sans réserve les services de la FQM à toute municipalité souhaitant bénéficier d’un accompagnement structuré, efficace et orienté vers les résultats. »
— Hugues Jacob, directeur général et greffier-trésorier, Municipalité de Saint-Joachim
