La transition socioécologique à l'heure des changements climatiques

12 juin 2026
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Par Lucie Morin, travailleuse sociale et professeure régulière au Département de psychosociologie et travail social de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR)
Mention de source : gracieuseté

Par Philôme La France, maire de Petit-Saguenay
Mention de source : gracieuseté

En 2006, l’activiste Rob Hopkins a lancé, au Royaume-Uni, le mouvement Villes en transition afin de créer des communautés plus résilientes et moins dépendantes au pétrole. Le concept de transition a depuis évolué et donné naissance à la transition socioécologique. Plus global que le développement durable, qui n’a pas toujours bonne presse, ce processus de transformation a récemment fait son arrivée dans le monde municipal.

Qu’est-ce que la transition socioécologique

Les auteurs Guay-Boulet, Martin-Déry et Huot définissent la transition socioécologique comme « le passage de l’état actuel du système à un état socialement plus juste, inclusif et écologiquement viable. »

Pour Lucie Morin, travailleuse sociale et professeure régulière au Département de psychosociologie et travail social de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), le concept repose en grande partie sur l’action des communautés qui peuvent amorcer des changements profonds en fonction de leurs réalités sociale, environnementale, climatique et économique. Et qui de mieux que les municipalités pour initier cette transformation?

Un concept accessible à toutes les municipalités

De plus en plus préoccupées par les changements climatiques, des municipalités ont commencé, dans les dernières années, à adopter la transition socioécologique. C’est notamment le cas de Petit-Saguenay, une municipalité d’environ 630 habitant(e) s située dans la MRC Le Fjord-du-Saguenay. L’initiative vient de son maire, Philôme La France, qui a présenté sa vision au conseil municipal puis à la population.

« Les organisations municipales sont des actrices névralgiques pour soutenir ou légitimer des initiatives de transition socioécologique qui émergent à même leur territoire », croit-il.

Il faut dire qu’à titre de gouvernements de proximité, les municipalités sont les premières touchées par les aléas de Mère Nature. Elles s’occupent également de plusieurs domaines qui impactent directement le mode de vie des citoyen(ne)s.

La transition socioécologique a pris plusieurs formes à Petit-Saguenay. La municipalité a tout d’abord beaucoup travaillé sur les aménagements urbains, entre autres dans le coeur du village, en érigeant des infrastructures de loisirs et des îlots de fraîcheur.

Pour favoriser la mobilité active, la municipalité a aussi construit une passerelle piétonnière, en plus d’aménager des espaces piétonniers et des trottoirs. Voulant diminuer le nombre de véhicules sur son territoire, Petit-Saguenay offre maintenant une voiture en autopartage. Les responsables de la municipalité ont même organisé un festival consacré à la transition socioécologique : le festival Virage.

La professeure à l’UQAR soutient, pour sa part, que les municipalités sont des organisations de premier choix pour mobiliser leur population et générer un sentiment d’appartenance. Ce sont ces dernières qui reçoivent en premier les préoccupations de leurs citoyen(ne)s en lien avec les enjeux environnementaux, mais aussi leurs idées pour améliorer la résilience de leur communauté. Ces gouvernements de proximité ont également une connaissance approfondie des organismes et des ressources présents sur leur territoire, ce qui leur permet d’encourager les collaborations intersectorielles et la mise en commun des ressources.

« Les élu(e)s sont de bonnes personnes pour porter les revendications des citoyen(ne)s et des acteur(-trice) s locaux à d’autres instances, pour essayer de rendre visibles des problèmes ou inscrire des priorités dans les politiques », ajoute Mme Morin.

« Les municipalités sont des organisations de premier choix pour mobiliser leur population et générer un sentiment d’appartenance. »
– Lucie Morin, travailleuse sociale et professeure régulière au Département de psychosociologie et travail social de l’UQAR.

De nombreux bénéfices pour les communautés

bénéficient aux municipalités. En premier lieu, elle soutient un développement des communautés territoriales basé sur l’autonomie et le respect des gens et des milieux. « Une initiative de transition socioécologique est une forme de prise de pouvoir des communautés sur des enjeux qui les concernent. Face à l’inaction gouvernementale sur la question du climat, elles incarnent une forme de contre-pouvoir et de démocratisation du développement des territoires », indique Mme Morin.

M. La France a aussi constaté plusieurs bénéfices pour sa communauté : « Quand on fait un projet d’aménagement urbain, ça améliore la qualité de vie des gens de façon significative. Les personnes qui fréquentent le cœur du village le vivent au quotidien. »

De plus, la transition socioécologique renforce le sentiment d’appartenance. « Les gens s’identifient à ce projet-là aujourd’hui, puis en tirent de la fierté. C’est très bénéfique pour une communauté. Quand les gens sont fiers, ils sont plus engagés et plus en santé, et ils participent davantage », indique M. La France.

Comme Petit-Saguenay est une pionnière dans ce domaine, sa réputation lui permet d’attirer des personnes d’autres régions qui partagent les mêmes valeurs. « On a eu pour la première fois depuis les années 1960, un accroissement de la population à Petit-Saguenay », confie le maire.

Des freins à prendre en considération

Bien que la transition socioécologique tende à créer des communautés plus soudées et résilientes, les municipalités qui désirent épouser cette voie sont confrontées à plusieurs défis.

Comme elles n’ont pas des ressources illimitées, elles doivent souvent choisir entre les actions à court terme pour réparer ou être capables de faire face aux conséquences des aléas climatiques, ou expérimenter de nouvelles façons de faire pour répondre aux besoins des personnes et organiser la vie à l’échelle de territoires. Même s’il y a des programmes gouvernementaux, ils ne permettent malheureusement pas de réaliser tous les projets souhaités.

De même, cette transition peut créer, selon Mme Morin, des divisions dans la société. Par exemple, il peut y avoir des points de vue différents qui émergeront de différentes classes de la population, comme les riches et les plus défavorisées ou les acteur(-trice)s axés sur l’économie et l’environnement.

M. La France, lui, a adopté une approche assez prudente pour limiter la polarisation dans sa communauté et permettre à toutes et à tous de prendre la parole : « Je travaille toujours pour m’assurer qu’on a un bon assentiment, qu’on mobilise des gens, qu’on fait de la pédagogie, puis qu’on se parle. »

L’avenir passe par la transition socioécologique

Mme Morin reconnaît que la transition socioécologique est un processus qui ne se fait pas du jour au lendemain. En revanche, les municipalités qui souhaiteraient entreprendre cette transition n’ont d’autre choix que de revoir leur manière de penser. Elles doivent s’éloigner du modèle capitaliste (surconsommation et croissance économique infinie) qui met de l’avant les chiffres et le rendement afin de se concentrer plutôt sur le processus lui-même, c’est- à-dire la création des liens sociaux et une économie de partage menant à des projets plus justes et viables pour soutenir le développement des milieux de vie.

Quant à lui, le maire de Petit-Saguenay suggère aux municipalités d’avoir dès maintenant une réflexion sur le sujet. « Dans le cas de la crise climatique, souvent il est trop tard quand on arrive face aux problèmes. Mais si on est déjà en marche et qu’on a déjà commencé à poser des actions, on est plus capable de s’adapter », conclut-il.

« Quand les gens sont fiers, ils sont plus engagés et plus en santé, et ils participent davantage. » – Philôme La France, maire de Petit-Saguenay.