Entretien avec Michèle Houpert – L’économie sociale, un levier pour les régions

12 juin 2026
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Michèle Houpert, directrice générale à la Direction générale de l’entrepreneuriat et de la compétitivité
Ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE)
Mention de source : MEIE, gracieuseté

De plus en plus, les entrepreneur(e)s sortent de la forme traditionnelle de l’entreprise. Ils se regroupent afin de fonder des organisations qui répondent directement aux besoins et aspirations de leurs collectivités. C’est ce qu’on appelle l’économie sociale, un modèle qui devrait se développer davantage dans les prochaines années, surtout avec le contexte économique actuel. Pour en parler, nous avons discuté avec Michèle Houpert, directrice générale à la Direction générale de l’entrepreneuriat et de la compétitivité au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE).

La force de l’économie sociale

L’économie sociale a véritablement commencé à se manifester au Québec dans le milieu du XIXe siècle. Depuis, de nombreuses organisations ont décidé d’embrasser cette voie. On n’a qu’à penser aux caisses Desjardins et aux coopératives agricoles. Plus récemment, les centres de la petite enfance, les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD), de même que plusieurs entreprises en gestion des matières résiduelles, en tourisme et en commerce de détail ont adopté ce modèle.

En fait, l’économie sociale est loin d’être marginale. Ce mode d’entrepreneuriat regroupe plus de 11 300 entreprises, constituées sous forme d’organismes à but non lucratif (OBNL – 77 %), de coopératives non financières (21 %) et de coopératives financières ou de mutuelles (2,1 %). Ensemble, elles cumulent un chiffre d’affaires de 53,6 milliards de dollars et emploient près de 248 000 personnes.

« Ce sont des entreprises possédées et dirigées démocratiquement par des gens d’ici et dont les profits sont réinvestis directement dans les entreprises ou les communautés d’ici », indique Mme Houpert.

Plus de la moitié (52 %) des entreprises d’économie sociale sont situées hors des régions de Montréal, de la Montérégie et de la Capitale-Nationale, où elles jouent parfois un rôle essentiel dans le tissu économique et l’accessibilité à certains services.

Du fait de sa nature, l’économie sociale contribue en effet à résoudre des enjeux spécifiques aux régions. Par exemple, des acteur(-trice)s du milieu peuvent se regrouper pour mettre en place des coopératives d’habitation afin de contrer la crise du logement. L’économie sociale gère d’ailleurs un parc de plus de 88 000 unités partout au Québec.

L’économie sociale a aussi un rôle à jouer dans la lutte contre les déserts alimentaires qui frappent plusieurs petites municipalités. « Par la reprise collective des épiceries et dépanneurs, l’économie sociale s’inscrit en modèle pour une prise en charge par la communauté, en partenariat avec la municipalité, d’entreprises et de services nécessaires à la vitalité des communautés. »

Le Plan d’action gouvernemental en économie sociale 2025-2030

Afin de soutenir les entreprises d’économie sociale, le gouvernement du Québec a mis en place le Plan d’action gouvernemental en économie sociale (PAGES) 2025-2030. À terme, le MEIE espère réaliser 4 000 activités d’accompagnement et de financement et investir une somme totale de 565 M$ par l’entremise de cette initiative.

« On n’a pas élaboré le PAGES 2025-2030 en souhaitant tout réinventer. On a plutôt choisi de le coconstruire avec les partenaires de l’économie sociale et de tabler sur les assises solides mises en place dans les dernières décennies pour propulser le développement de l’économie sociale en fonction des enjeux et surtout des besoins actuels », explique Mme Houpert.

À travers ses quatre axes, le PAGES souhaite notamment promouvoir et accompagner les acteur(-trice)s engagés dans l’économie sociale, tout en travaillant davantage en partenariat avec le monde municipal.

Les services de développement économique auront ainsi de meilleurs outils à leur disposition pour aider les entrepreneur(e)s. Les Pôles d’économie sociale seront mieux outillés pour les soutenir dans l’émergence d’entreprises d’économie sociale répondant à des enjeux locaux et régionaux. La Coopérative de développement régional du Québec continuera d’accompagner les coopératives dans leur démarrage et leur développement, mais pourra aussi accompagner des OBNL d’économie sociale en démarrage là où les services locaux ont besoin d’un appui supplémentaire.

Toutefois, Mme Houpert reconnaît que les barrières législatives ou des incompréhensions mutuelles peuvent actuellement être un frein dans ce domaine. « Le MEIE entend travailler de concert avec les réseaux municipaux pour mieux valoriser les modèles de partenariats à succès et identifier, notamment, les barrières réglementaires à ces partenariats. »

Des exemples concrets

Plusieurs régions du Québec œuvrent déjà en économie sociale. Ces dernières années, en Montérégie et en Mauricie, des ententes sectorielles ont ainsi été conclues en faveur de son développement. Le Bas-Saint-Laurent, pour sa part, s’est doté de fonds régionaux en économie sociale afin de favoriser l’émergence de projets dans ce domaine.

Plus de la moitié (52 %) des entreprises d’économie sociale sont situées hors des régions de Montréal, de la Montérégie et de la Capitale-Nationale, où elles jouent parfois un rôle essentiel dans le tissu économique et l’accessibilité à certains services.

Des MRC ont aussi appuyé des initiatives plus locales et ponctuelles. Par exemple, la MRC de La Matapédia a mobilisé des ressources pour soutenir toutes les coopératives alimentaires de son territoire dans une approche concertée et partenariale. La MRC Le Val-Saint-François a également joué un rôle de premier plan dans le prédémarrage de la Coop des Stokois, un projet citoyen visant à implanter une entreprise collective offrant plusieurs services à la communauté.

Bref, l’économie sociale est un levier qui peut stimuler l’économie des régions, tout en contribuant à régler plusieurs problèmes touchant directement les communautés, comme la pénurie de logements et la perte de commerces de proximité. Les municipalités et MRC qui souhaitent en savoir plus sur l’économie sociale sont invitées à communiquer avec le pôle d’économie sociale de leur région.