De plus en plus, les municipalités mettent à la disposition de leurs citoyen(ne)s des vélos électriques en location. Ces engins sont appréciés des personnes moins sportives ou ayant une condition physique particulière, car ils leur permettent de parcourir de longues distances en déployant moins d’efforts. Dans les dernières années, les médias ont toutefois rapporté une augmentation des cas d’incendies causés par leurs batteries.
En effet, les batteries de vélos électriques peuvent être à l’origine d’incendies dévastateurs lorsqu’elles explosent après avoir surchauffé. Ces feux peuvent atteindre des températures de plus de 500 °C et produire des gaz toxiques et de la fumée nocive pour les êtres humains.
Afin d’aider les municipalités à prévenir les risques dans ce domaine, nous nous sommes entretenus avec Frédéric Moisan, coordonnateur, Daniel Soucy, conseiller en prévention sport et loisirs, et Philippe Tardif, conseiller-thermographe niveau 2, du Service de la prévention des sinistres du Fonds d’assurance des municipalités du Québec.
Pourquoi enregistre-t-on de plus en plus d’incendies provoqués par les batteries de vélos électriques?
Frédéric Moisan (FM) : Une des raisons simples, c’est le coût. Je pense que les compagnies, surtout chinoises, tentent de faire des produits de plus en plus abordables. Il y a donc moins de qualité. On s’entend que plus le produit est de mauvaise qualité et plus il y a des risques d’incendie.
Philippe Tardif (PT) : On peut faire l’acquisition d’une 2e batterie ou d’une batterie de rechange pour son vélo électrique produite par un autre fabricant et n’étant pas homologuée, ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée. En effet, les produits électriques vendus au Canada doivent être homologués.
Le chargeur vendu avec la batterie doit également être homologué et doté d’un système électronique de contrôle (Battery Management System – BMS). Le BMS arrête le rechargement de la batterie lorsqu’elle atteint un certain nombre de volts. Si on utilise une autre batterie ou un chargeur qui n’est pas de la même marque que l’appareil original, ce dernier peut continuer à recharger même si la batterie est incapable de prendre plus d’énergie.
L’usage abusif des batteries, des modifications non conformes et des dommages physiques (chocs, chutes, écrasements) augmentent aussi les risques d’incendie.
Comment une batterie de vélo électrique peut-elle prendre feu?
FM : Les incendies de batteries de vélos électriques sont provoqués par le mélange de métaux – les métaux qui finissent habituellement en « ium ». Lorsqu’ils atteignent une certaine température, ils tombent en fusion, puis s’autoalimentent. Puisqu’ils créent leur propre oxygène, l’apport en air pour alimenter le feu n’est pas important. L’emballement thermique produit un incendie violent et très chaud.
On peut voir le phénomène notamment avec les incendies provoqués par les véhicules dotés d’enjoliveurs de roues en aluminium ou une tête de moteur en magnésium. Lorsque les pompiers arrosent les flammes, il y a une explosion étant donné que ce type de matériau réagit fortement à l’air et à l’eau. Il ne faut pas beaucoup d’oxygène à ce type de feu pour s’alimenter. C’est pour cette raison qu’il faut beaucoup d’eau pour refroidir l’incendie, ou énormément de sable pour couper complètement l’oxygène, afin de l’éteindre.
Quels sont les risques pour une municipalité et ses citoyen(ne)s dans le cas d’un incendie provoqué par une batterie de vélo électrique?
FM : Ce type d’incendie peut engendrer des pertes de bâtiments, d’équipements et de contenus pour la municipalité en plus de causer potentiellement des blessures aux gens. Ce sont des incendies très violents et très difficiles à éteindre, si bien que ça se finit souvent en perte totale, car la propagation est rapide.
Quels sont les signes avant-coureurs d’un incendie causé par une batterie de vélo électrique?
PT : Parmi les signes avant-coureurs, il y a premièrement le changement de couleur. Comme avec les batteries d’auto, une batterie de vélo électrique peut également changer de forme et gonfler, ce qui indique un probable problème.
Un autre signe avant-coureur est l’émission de bruits étranges, voire de crépitements, pendant le rechargement de la batterie.
L’émission de fumée signale aussi que quelque chose cloche.
Il est recommandé de cesser immédiatement d’utiliser une batterie qui affiche l’un ou l’autre de ces signes.
Que devrait faire une municipalité après chaque utilisation d’un vélo électrique pour limiter les risques d’incendie?
Daniel Soucy : Dans les recommandations que j’émets à la suite de mes rencontres avec les municipalités, j’indique de faire une inspection après chaque utilisation pour s’assurer que les batteries n’ont pas été endommagées.
Je suggère également de consigner les activités d’inspection et de réparation dans un registre.
Est-ce qu’il y a des règles à respecter lors du rechargement d’une batterie de vélo électrique?
PT : Tout ce qui est électrique n’aime pas la chaleur. Sachant cela, il ne faudrait pas recharger des vélos électriques en plein soleil ou dans une remise sans ventilation adéquate. Il est préférable de choisir un environnement constamment ventilé pendant la recharge.
Je dirais aussi de ne pas recharger les batteries pendant la nuit ou lorsqu’il n’y a aucun employé(e) municipal pour assurer la surveillance. S’il y a quoi que ce soit, personne ne s’en rendra compte.
De même, il est recommandé de placer le chargeur sur une surface dure pour permettre à l’air de circuler autour de celui-ci.
DS : Les supports de chargement doivent être à au moins 3 m des matériaux combustibles. Les municipalités qui souhaitent procéder à la recharge à l’intérieur devront le faire dans un local conçu pour cet usage et qui présente une résistance au feu conforme au Code de construction, afin de limiter la propagation des flammes.
Comment bien entreposer les vélos électriques pour diminuer les risques d’incendie?
PT : Il est important de choisir un lieu d’entreposage adéquat doté au moins de gypse et de ne pas laisser les batteries sur la charge pendant l’entreposage.
Par exemple, si une municipalité entrepose ses vélos électriques dans le sous-sol d’un centre communautaire dont le plafond n’est pas fini, le feu peut se propager rapidement aux étages supérieurs en cas d’incendie.
Autre point : il ne faut pas que les vélos obstruent les sorties d’urgence, car les usagers auraient de la difficulté à sortir de manière sécuritaire de l’immeuble en cas d’incendie.
Enfin, on ne doit pas mettre les batteries inutilisables dans les bacs verts, noirs ou bleus, où elles pourraient prendre feu. Il est plutôt conseillé de les envoyer à l’un des écocentres municipaux.
FM : J’ajouterais qu’il est essentiel de respecter le Code de construction sur les résistances au feu.
DS : Pour un rangement à long terme, comme en hiver, il ne faut pas que les batteries restent sur le vélo.
C’est aussi important de suivre les recommandations du fabricant contenues dans le manuel d’utilisation.
Est-ce qu’il y a des règles ou homologations à respecter dans le cas des batteries de vélos électriques?
PT : Si le chargeur ou la batterie de l’appareil n’a pas de mention de certification, c’est potentiellement dangereux. On trouve généralement des indications comme UL (Underwriters Laboratories) ou CSA (Canadian Standards Association) sur le boîtier de ces batteries ou chargeurs.
Les chargeurs ou batteries qui ne portent pas l’une de ces marques ne sont pas conformes aux normes de sécurité en matière d’électricité et pourraient entraîner des incendies.
